Célébrer les fleurs de cerisier, ou la poésie de l’impermanence
Le hanami (« regarder les fleurs »), désigne la coutume traditionnelle japonaise qui consiste à apprécier la beauté des fleurs, principalement les fleurs de cerisier, qui fleurissent entre fin mars et début avril, marquant officiellement l’arrivée du printemps.
Chaque année, de nombreuses personnes dans tout le Japon se rassemblent sous les cerisiers dans les parcs et les jardins pour un pique-nique de printemps afin de regarder les fleurs tomber tout en discutant avec leurs compagnons autour de boissons et d’en-cas de saison.
Les fleurs sont toutefois éphémères et tombent généralement au bout d’une semaine. En effet, le sakura, nom donné au cerisier en japonais, est un symbole de l’impermanence reconnu au Japon et ailleurs.
Poésie sur la nature
La coutume d’observer les arbres en fleurs au printemps est arrivée au Japon en provenance du continent asiatique. L’observation des pruniers en fleurs, souvent au clair de lune, comme symbole de force, vitalité et fin de l’hiver était pratiquée en Chine depuis l’antiquité. Elle a été adoptée au Japon au cours du VIIIe siècle.
On trouve des exemples poétiques de pruniers en fleurs, ou ume en japonais, dans le «Man’yõshū» ou « recueil de dix mille feuilles », le plus ancien recueil de poésie japonaise, qui date du VIIIe siècle.
Les poètes japonais classiques écrivaient des poèmes sur les fleurs de prunier lorsqu’elles étaient en saison. Leurs compositions ont façonné la poésie de cour japonaise, ou waka, qui est enracinée dans la nature et son cycle saisonnier constant.
Cependant, c’est le sakura, et non le prunier, qui occupe une place particulière dans la culture japonaise. Les anthologies impériales de waka compilées au Japon entre 905 et 1439 de l’ère chrétienne contiennent généralement plus de poèmes printaniers composés sur les cerisiers en fleurs que sur les pruniers en fleurs.
Voici un poème sur le thème du sakura écrit par une poétesse classique, Izumi Shikibu, dont on pense qu’elle a activement composé des waka vers l’an 1000 de notre ère. Ce poème parle de son ancien amant qui souhaite revoir les cerisiers en fleurs avant qu’ils ne tombent.
«tō o koyo
"Viens vite !
saku to miru ma ni À peine commence-elles à s'ouvrir
chirinu beshi qu'elles doivent tomber.
tsuyu to hana to no Notre monde réside
naka zo yo no naka» dans la rosée au sommet des fleurs de cerisiers".
Ce poème souligne qu’une fois écloses, les fleurs de cerisier sont destinées à tomber. Assister à leur chute est l’objectif même du hanami.
Au Japon, les cerisiers en fleurs symbolisent l’impermanence ».
Le poème peut être interprété de manière plus générale : La rosée est un symbole de la vie humaine, et la chute des cerisiers en fleurs une métaphore de la mort.
L’obsession des cerisiers en fleurs peut sembler triviale, mais le hanami rassemble les gens à une époque où la plupart des communications se font virtuellement et à distance, réunissant des membres de la famille, des amis, des collègues de travail.
L’observation des sakura témoigne également de la relation unique que le Japon moderne entretient avec sa propre histoire. En même temps, cela nous rappelle que l’impermanence est peut-être la seule constante de la vie.
Aujourd’hui, les cerisiers en fleurs sont célébrés au printemps partout dans le monde, encourageant l’appréciation de l’impermanence par l’observation de la nature.
- Extrait article de Małgorzata (Gosia) K. Citko-DuPlantis. Assistant Professor in Japanese Literature and Culture.